Pour la rentrée des classes, que du réjouissant à l'horizon.
Luc Chatel, ministre flambant neuf, a tout compris : dans son blabla d'hier (la pré-pré-rentrée, en somme) il affirme, couillu, que la crise (vous savez, celle dont on parle un peu) « révèle le besoin de davantage d'éducation ». Comme il en a vraiment dans le froc, le Luc, il va plus loin, persiste et signe. « La qualification, le diplôme se révèlent des armes anti-chômage. Ce sont [les pays] qui investiront dans leur éducation qui s'en sortiront le mieux ». Bien vu, Luc. Enfin comme disait Victor Hugo, « Ces choses-là sont rudes. - Il faut pour les comprendre avoir fait ses études. » (La Légende des Siècles)
Ouais. Il était comme temps. Mais bon. On va continuer à jouer au mikado avec les profs. On en enlève, on en enlève, quand ça bouge on arrête un peu, le temps que la situation décante. Et hop, on en enlève un peu plus. Etc, etc, etc. Le problème du mikado, c'est que souvent, tout se casse la gueule.
Je vous remets une petite citation de ce bon vieux Victor, parce que c'est mon jour de bonté.
Chaque enfant qu'on enseigne est un homme qu'on gagne.
Quatre-vingt-dix voleurs sur cent qui sont au bagne
Ne sont jamais allés à l'école une fois,
Et ne savent pas lire, et signent d'une croix.
C'est dans cette ombre-là qu'ils ont trouvé le crime.
L'ignorance est la nuit qui commence l'abîme.
Où rampe la raison, l'honnêteté périt.
Les Quatre vents de l'esprit, I, 24 (1881)
A part ça, c'est aussi la rentrée littéraire et ça, en principe, c'est bath.
Moins de nouveautés cette année qu'en 2008, la tendance de ces dernières années se confirme doucement. Seulement 80 premiers romans, selon l'AFP. Selon les sources, entre 430 et 700 nouveautés pour ces derniers, et autour de 200 essais. Un beau bordel, en somme.
Trop de gens avant moi ont glosé sur les mille et une façons de tirer son épingle d'un jeu aussi complexe. Encore le mikado. Mais géant. Les stratégies de com' et de marketing s'adaptent. On crée du buzz. On paye des geeks pour faire monter la mayonnaise. Je référence ton teaser partout, je le facebook, je le Twitter, je le youtube, buzz. Relayé par les télés, les sites plus généralistes, gros buzz. Je le blogge, et hop.
Du coup, petit tour sur internet. La sauce qu'on essaie de faire monter, cette année, c'est Vincent Message. Un bouquin qui s'appelle Les Veilleurs, publié au Seuil. Un type qui passera bien au Grand Journal. Jeune, énervant. Agrégé. De lettres et d'allemand. Oui oui, de lettres ET d'allemand. On l'imagine avec une raie sur le côté, ce jeune prof à l'université de Saint-Denis. Une veste en tweed renforcée aux coudes, des lunettes en métal d'instit d'avant-guerre. Une tendance à la littérature comparée, toujours. Aimant Tournier, forcément, le plus allemand des écrivains français. Vingt-six ans. La recette parfaite. Bon, en fait, il a plutôt la gueule de Bernard Campan jeune, quand il se la joue NAP. Mais du coup, buzz.
Je vous donne le communiqué du Seuil (un jour, je vous ferai une petite leçon sur le communiqué de presse) :
Oscar Nexus a tué trois personnes dans la rue, puis il s'est endormi sur les cadavres.La couv' du bouquin est claire, nette, précise. L'auteur y est deux fois (bandeau rouge mon amour), en très gros (je rappelle qu'il s'agit d'un PREMIER roman, DONC que personne ne connait ce jeune homme qui n'a pas participé à Loft Story ni été séquestré pendant dix-huit ans, ou quoi que ce soit qui aurait pu justifier un peu de notoriété a priori). Le bandeau précise : rentrée littéraire 2009.
Nexus est un marginal auquel son emploi de veilleur de nuit n'a donné qu'un ancrage très fragile dans la réalité. Interné dans une clinique, il est pris en charge par Joachim Traumfreund, un médecin atypique et brillant qui a participé dans sa jeunesse aux mouvements de réforme de la psychiatrie. C'est à lui et à Paulus Rilviero, un officier de police, qu'on confie le soin de tirer au clair les mobiles de Nexus et de déterminer s'il est responsable de ses actes.
Afin de se consacrer à ce cas intriguant, Traumfreund transfère le criminel dans une annexe de la clinique, un bâtiment situé dans un coin de montagne que l'hiver isole peu à peu. Une fois sur place, nos deux enquêteurs découvrent que Nexus est un dormeur pathologique qui reprend nuit après nuit le fil du même Grand Rêve. Pour comprendre son crime, Traumfreund et Rilviero vont devoir s'immerger dans cet univers onirique où Nexus mène une véritable vie parallèle.
Captivés par les récits du meurtrier, ils sont parfois rattrapés par le doute : comment être sûrs qu'ils n'ont pas affaire à un fabulateur ? A partir de ce fait divers, Les Veilleurs nous entraîne dans une exploration passionnante des territoires de la folie et du sommeil. Reprenant certains codes des grands thrillers hollywoodiens, l'auteur compose une fresque sur la place de l'imaginaire dans la société moderne, plus rationaliste qu'aucune autre, mais aussi fascinée par les mondes virtuels et les faces nocturnes de la réalité.
Je la refais. Le bandeau précise : rentrée littéraire 2009. Point. Argument de poids...
Voilà, ce bouquin fait 672 pages. A chacun de juger. Moi, j'ai participé au buzz. Mais la seule chose que j'aie retenu de ce communiqué, là, c'est le nom du psychiatre. Traumfreund. Vincent, t'avais pas le droit. Vincent, t'es agrégé d'allemand, merde. Traumfreund, c'est "l'ami du rêve", ou "l'ami rêvé". Franchement...
J'en profite vite fait (et parce que c'est un peu le même genre d'histoire) pour dire que j'ai ENFIN lu Shutter Island (de Dennis Lehanne, adapté par Christian De Metter chez Castermann/Rivages/Noir). C'est pas du tout neuf. Mais c'est du très lourd. C'est beau, c'est du roman noir comme on les aime. C'est haletant, complexe, angoissant, superbement adapté. Une île avec dessus rien qu'une clinique psychiatrique pas très nette où on soigne (mettez de gros guillemets) des patients ultra violents. Une des femmes internées disparaît, on appelle deux Marshalls pour la retrouver. Jusqu'ici tout va bien. Mais finalement, on se perd, on doute, les réalités se superposent, se catapultent, se contredisent, jusqu'à une fin en forme de feu d'artifice. Jouissif, donc. D'ailleurs Scorsese aussi kiffe sa race et en a fait un film avec Leonardo DiCaprio. Rien que ça. Va y avoir du buzz.
« La presse a succédé au catéchisme dans le gouvernement du monde. Après le pape, le papier. »
Victor Hugo - Tas de pierres